Combien d’insectes avalez-vous dans votre sommeil en une vie ?

Vous avez probablement entendu cette affirmation : on avalerait en moyenne huit araignées par an pendant son sommeil. C’est faux. C’est même l’un des mythes les plus tenaces d’internet. Mais la vraie réponse est, à sa façon, tout aussi fascinante.


LA LÉGENDE ET SA DÉMYSTIFICATION : Le chiffre des «huit araignées par an» est apparu dans les années 90, probablement inventé de toutes pièces pour illustrer la crédulité des internautes face aux «faits» non vérifiés. Il a été partagé des millions de fois.

La réalité : les araignées évitent activement les humains endormis. Les vibrations produites par la respiration, les battements du cœur et les mouvements du corps endormi sont perçues par les araignées comme des signaux de danger. S’approcher d’une bouche ouverte qui respire bruyamment est, pour une araignée, l’équivalent de s’approcher d’un prédateur.


CE QU’ON AVALE VRAIMENT : Si les araignées sont hors de cause, d’autres insectes sont moins prudents.

Les moucherons et petits diptères sont attirés par le dioxyde de carbone expiré. La nuit, une bouche entrouverte qui exhale du CO₂ est un signal d’attraction pour certains insectes minuscules. Des entomologistes estiment qu’un humain dormant dans une région tempérée avale entre une et huit petites créatures par an — essentiellement des moucherons, des acariens, des fragments d’insectes.

Les acariens, eux, sont omniprésents. Votre literie en contient entre 100 000 et 10 millions. Vous en inhalez et en avalez probablement chaque nuit — mais à une échelle microscopique, invisible et sans conséquence.


LE CALCUL SUR UNE VIE : Sur une vie de 80 ans, en dormant en moyenne 7 heures par nuit :

  • Vous passez environ 229 000 heures à dormir
  • Soit près de 26 années complètes dans votre lit
  • À raison de 2 à 8 petites créatures par an : entre 160 et 640 insectes avalés en une vie

Un chiffre modeste — et entièrement inoffensif. Les insectes microscopiques sont digérés exactement comme n’importe quelle protéine.


CE QUI EST FASCINANT : Dans certaines régions tropicales, l’exposition nocturne aux insectes est bien plus élevée. Des études menées en Amazonie suggèrent que les habitants de zones forestières pourraient avaler jusqu’à 50 fois plusd’arthropodes pendant leur sommeil que les habitants des villes tempérées.

Et dans tous les cas, les entomologistes le rappellent : les insectes représentent la source de protéines la plus répandue sur Terre. Dans de nombreuses cultures, on les mange délibérément. Votre corps, lui, ne fait pas la différence.


LA QUESTION QUI RESTE : Si avaler quelques insectes par an est sans danger et universel, pourquoi cette idée nous dérange-t-elle autant ? Qu’est-ce que ça dit de notre rapport au dégoût ?


CONCLUSION : La bonne nouvelle : vous n’avalez probablement pas huit araignées par an. La moins bonne : vous avalez quand même quelque chose. La vraie bonne nouvelle : ça n’a strictement aucune importance — votre corps s’en occupe discrètement, depuis toujours, sans vous demander votre avis.

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