Pourquoi le communisme n’est-il plus à la mode ?

Il y a un siècle, le communisme faisait rêver la moitié de la planète. Des intellectuels parisiens aux paysans russes, des syndicats américains aux guérilleros cubains — tout le monde voulait sa part de l’utopie égalitaire. Aujourd’hui, se revendiquer communiste dans un dîner en ville provoque à peu près le même malaise qu’arriver en Crocs à un mariage. Que s’est-il passé ?


L’IDÉE DE DÉPART — QUI N’ÉTAIT PAS IDIOTE :

Karl Marx, en 1848, part d’un constat que personne ne conteste vraiment : le capitalisme produit des inégalités structurelles. Ceux qui possèdent les moyens de production s’enrichissent sur le dos de ceux qui travaillent. L’exploitation n’est pas un accident du système — elle en est le moteur.

Sa solution : supprimer la propriété privée des moyens de production, mettre les ressources en commun, et laisser chacun contribuer selon ses capacités et recevoir selon ses besoins.

Sur le papier, c’est élégant. Sur le papier, beaucoup de choses sont élégantes.


CE QUI S’EST PASSÉ EN PRATIQUE :

L’URSS — le prototype qui a mal tourné. La révolution russe de 1917 est censée inaugurer l’ère communiste mondiale. Elle inaugure surtout l’ère Staline. Entre 1936 et 1938, les Grandes Purges éliminent environ 750 000 personnes. Le Goulag, à son apogée, compte 1,5 million de détenus. La collectivisation forcée provoque une famine en Ukraine — l’Holodomor — qui tue entre 3 et 5 millions de personnes.

Ce n’est pas un détail d’application. C’est le bilan.

La Chine, Cuba, la Corée du Nord. Mao Zedong. Le Grand Bond en Avant. Entre 15 et 55 millions de morts selon les estimations — la fourchette est large parce que personne n’avait vraiment intérêt à compter. Cuba a produit de l’alphabétisation et des médecins remarquables, et maintenu une population dans une pauvreté encadrée pendant 60 ans. La Corée du Nord a produit des missiles nucléaires et des famines.

Le schéma est cohérent : concentration du pouvoir, suppression de la dissidence, économie planifiée qui dysfonctionne, et dirigeants qui vivent remarquablement bien pour des égalitaristes.


POURQUOI L’IDÉE DÉRAILLE TOUJOURS :

Le problème du calcul économique. En 1920, l’économiste autrichien Ludwig von Mises a formulé ce qu’on appelle le « problème du calcul socialiste » : sans prix de marché, il est impossible de savoir quelles ressources allouer à quoi. Les prix ne sont pas une invention capitaliste arbitraire — ce sont des signaux d’information. Les supprimer, c’est piloter un avion en recouvrant les instruments de bord.

Les économies planifiées produisent invariablement des pénuries dans certains secteurs et des surplus absurdes dans d’autres. L’URSS avait des centrales nucléaires et pas assez de chaussures.

Le problème du pouvoir. Marx supposait qu’une fois le capitalisme renversé, l’État dépérirait naturellement. Il ne dépérit jamais. Il grossit. Parce que gérer une économie entière nécessite une bureaucratie colossale, et que les bureaucraties ont une tendance naturelle à l’auto-préservation.

Comme nous l’évoquions dans l’article sur les riches et les pauvres, le pouvoir s’accumule exactement comme le capital — ceux qui en ont cherchent à en avoir davantage. Supprimer la propriété privée ne supprime pas ce mécanisme. Il le déplace.

Le problème de l’humain. Le communisme suppose un homme nouveau — désintéressé, collectif, motivé par le bien commun plutôt que par l’intérêt personnel. Cet homme n’est jamais apparu. À la place, il y a eu des fonctionnaires qui détournaient les ressources, des paysans qui travaillaient moins sur les terres collectives que sur leurs lopins privés, et des dirigeants qui accumulaient des datcha et des voitures de fonction.

Ce n’est pas une critique morale. C’est de la biologie comportementale — les mêmes mécanismes d’intérêt personnel que nous évoquions dans l’article sur l’intelligence et la morale.


CE QUI EST FASCINANT :

Le communisme n’a jamais vraiment existé au sens marxiste du terme. Marx décrivait une société sans État, sans classes, sans propriété privée. Ce qui a existé s’appelait officiellement « socialisme » — une étape transitoire vers le communisme. L’étape finale n’a jamais été atteinte.

Ce qui permet à ses défenseurs de dire, non sans une certaine élégance rhétorique, que le communisme n’a jamais échoué puisqu’il n’a jamais vraiment été essayé. C’est techniquement vrai. C’est aussi un peu comme dire que le régime sans glucides fonctionne — vous n’avez juste jamais réussi à le suivre vraiment.


CE QUI SURVIT :

Le communisme comme système de gouvernement est à peu près mort. Mais certaines de ses intuitions ont survécu, recyclées dans des formes plus présentables — sécurité sociale, services publics, impôt progressif, régulation du capitalisme. Les démocraties scandinaves ne sont pas communistes, mais elles ont intégré l’idée que le marché non régulé produit des inégalités insupportables.

Marx avait peut-être tort sur la solution. Il n’avait pas tort sur le problème.


CONCLUSION : Le communisme n’est plus à la mode pour une raison simple : il a été essayé à grande échelle, et les résultats ont été suffisamment catastrophiques pour refroidir l’enthousiasme général. Ce qui ne signifie pas que le capitalisme est parfait — simplement qu’il échoue de façon moins spectaculaire et moins létale. C’est une barre assez basse. Mais dans l’histoire des systèmes économiques, c’est apparemment suffisant.

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