Vaut-il mieux être un humain ou un animal ?

À première vue, la réponse semble évidente. Vous êtes humain, vous lisez cet article, vous avez un appartement chauffé et un accès à internet. Clairement, vous avez gagné. Mais si on pose la question autrement — qui souffre le moins, qui vit le plus intensément, qui meurt le plus sereinement — la réponse devient étonnamment moins claire.


LES AVANTAGES HUMAINS — LA LISTE OFFICIELLE :

La conscience de soi. Le langage. L’art. La philosophie. La médecine. Le chocolat. Netflix. La capacité à se projeter dans l’avenir, à construire des projets, à donner un sens à son existence.

C’est impressionnant. Mais chacun de ces avantages a un revers.


LE REVERS DE CHAQUE AVANTAGE :

La conscience de soi vous permet de vous épanouir — et de ruminer, de vous juger, de vous comparer, de souffrir d’une image de vous-même que personne d’autre ne voit vraiment. Aucun animal ne souffre du syndrome de l’imposteur.

La projection dans l’avenir vous permet de planifier votre retraite — et de vous inquiéter de votre retraite, de votre santé future, de la mort, du sens de votre existence à trois heures du matin. Un chien ne s’est jamais réveillé en pleine nuit en pensant « mais qu’est-ce que je fais de ma vie ? »

Le langage vous permet de dire « je t’aime » — et aussi « je ne t’aime plus », « tu m’as déçu », « je t’en veux encore ». Les animaux ne se font pas de reproches. Ils se disputent et oublient. Les humains se disputent et écrivent des livres là-dessus.

La médecine vous permet de vivre jusqu’à 85 ans — dont peut-être les dix dernières années dans un état qui n’aurait pas été possible sans elle. Un animal meurt généralement plus vite, plus simplement, sans avoir eu le temps de s’y préparer. Ce qui est une horreur — ou une grâce, selon le point de vue.


CE QUE LES PHILOSOPHES ONT DIT :

John Stuart Mill affirmait qu’il vaut mieux être « Socrate insatisfait qu’un idiot satisfait ». La profondeur de la conscience vaut la souffrance qu’elle entraîne — parce qu’elle seule permet d’accéder à des joies que les êtres moins conscients ne peuvent pas connaître.

Arthur Schopenhauer, lui, était moins enthousiaste. Il voyait la conscience comme un fardeau — la capacité unique des humains à vouloir ce qu’ils n’ont pas, à souffrir de l’abstraction, à se rendre misérables pour des raisons purement conceptuelles. Un cheval souffre quand il a faim. Un humain souffre quand il a peur d’avoir faim un jour.

Le bouddhisme pose la question différemment : la souffrance vient du désir et de l’attachement. Les animaux désirent — mais ils n’ont pas conscience de désirer. Ce détachement involontaire les rapproche paradoxalement d’un idéal que les humains passent leur vie à chercher en méditant.


CE QUE LA BIOLOGIE SUGGÈRE :

Les animaux ressentent la douleur physique exactement comme nous — les mêmes neurotransmetteurs, les mêmes récepteurs. Mais ils ne souffrent probablement pas de la même façon de la souffrance elle-même. Ils n’anticipent pas la douleur future, ne ruminent pas la douleur passée. Ils vivent la douleur présente — puis passent à autre chose.

Comme nous l’évoquions dans l’article sur les animaux amoureux, les émotions animales sont réelles — mais peut-être vécues de façon plus pure, sans la couche narrative que les humains ajoutent systématiquement à chaque expérience.


LE CALCUL DU BONHEUR :

Des études en psychologie du bonheur montrent que les humains surestiment systématiquement l’impact des événements positifs et négatifs sur leur bien-être à long terme. On s’adapte à tout — la richesse, la pauvreté, le handicap, le succès. Le niveau de bonheur revient toujours à une « baseline » personnelle.

Les animaux, eux, semblent vivre plus directement dans le présent — ce que les humains appellent la pleine conscience et passent des années à apprendre. Un chien en promenade n’est pas en train de penser à sa promenade de demain. Il est juste en promenade.


LA QUESTION QUI RESTE : Si vous pouviez choisir — naître humain avec toute la complexité que ça implique, ou naître dauphin, libre dans l’océan, sans impôts ni réunions Zoom — qu’est-ce que vous choisiriez honnêtement ?


CONCLUSION : Être humain, c’est avoir gagné à la loterie de la complexité. Vous pouvez écrire des symphonies, tomber amoureux, comprendre l’univers, manger des sushis. Vous pouvez aussi vous ronger les sangs pour des raisons qui n’existent que dans votre tête, souffrir de choses qui ne vous sont pas encore arrivées, et passer vos nuits à vous demander si vous avez fait les bons choix. L’animal ne se pose pas ces questions. Ce qui est, selon les jours, soit une perte immense, soit une chance inouïe.

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