Le Big Bang a-t-il fait du bruit ?

C’est la plus grande explosion de l’histoire de l’univers. Toute la matière, toute l’énergie, tout l’espace et tout le temps surgissant en un instant d’un point infiniment petit. Si ça s’était passé dans un film, le réalisateur aurait mis le volume à fond. Mais dans la réalité — qu’est-ce qu’on aurait entendu ?


LE PROBLÈME IMMÉDIAT : Dans l’espace, personne ne vous entend crier. C’est le principe — le son est une vibration qui se propage dans un milieu matériel. Pas d’air, pas de son. C’est pour ça que les explosions stellaires dans les films de science-fiction sont physiquement absurdes — et visuellement indispensables.

Alors le Big Bang, qui s’est produit dans le vide absolu — enfin, dans l’absence totale de vide puisque l’espace lui-même n’existait pas encore — n’a pas pu produire de son au sens traditionnel du terme.

Affaire classée ? Pas tout à fait.


CE QUE LA PHYSIQUE DIT VRAIMENT :

Le son comme onde de pression. Le son n’est pas une propriété du vide — c’est une onde de pression qui se propage dans un milieu. Or, dans les premières centaines de milliers d’années après le Big Bang, l’univers n’était pas vide du tout. Il était rempli d’un plasma dense et chaud — un mélange de particules si compact qu’il ressemblait davantage à un liquide épais qu’au vide spatial actuel.

Dans ce plasma, des ondes de pression pouvaient se propager. Des ondes acoustiques — des sons, au sens physique du terme.

Les oscillations acoustiques baryoniques. Les physiciens ont un nom pour ça : les « oscillations acoustiques baryoniques ». Ce sont des ondes sonores géantes qui ont traversé l’univers primordial pendant environ 380 000 ans — jusqu’à ce que l’univers refroidisse suffisamment pour que le plasma se disperse et que les ondes s’éteignent.

Ces ondes sont encore visibles aujourd’hui — gravées dans la distribution des galaxies à travers l’univers. La structure de l’univers actuel porte encore la trace de ce son originel, comme une salle de concert garde l’empreinte acoustique de sa construction.

À quelle fréquence ? Des physiciens ont calculé la fréquence de ce son primordial. Résultat : environ 50 octaves en dessous du do central d’un piano. Soit un milliard de milliards de fois trop grave pour être entendu par une oreille humaine. Pas vraiment un son qu’on pourrait fredonner sous la douche.


CE QUI EST VERTIGINEUX : En 2003, des astronomes de la NASA ont annoncé avoir « entendu » le son du Big Bang — pas directement, mais via l’analyse des fluctuations du rayonnement fossile, cet écho lumineux laissé par l’univers primordial. Ils ont transposé ces données en fréquences audibles.

Le son du Big Bang, reconstitué et accéléré pour être audible, ressemble à un grondement sourd et décroissant — quelque chose entre un tonnerre lointain et le bruit d’une foule qui s’éloigne.

Vous pouvez l’écouter sur internet. C’est troublant.


LE PARADOXE PHILOSOPHIQUE : Si un son retentit et qu’il n’y a personne pour l’entendre — existe-t-il ? Au moment du Big Bang, il n’y avait évidemment aucune oreille, aucun cerveau, aucune conscience pour percevoir quoi que ce soit. Le son existait physiquement — mais n’a été « entendu » par personne.

Comme nous l’évoquions dans l’article sur la conscience des arbres, la perception n’est peut-être pas nécessaire à l’existence d’un phénomène. Mais elle est nécessaire à ce qu’il ait du sens.


LA QUESTION QUI RESTE : Si le son du Big Bang a mis 13,8 milliards d’années à trouver une oreille capable de le comprendre — est-ce que ça valait la peine d’attendre ?


CONCLUSION : Le Big Bang a fait du bruit. Un bruit grave, immense, et inaudible — qui a duré 380 000 ans et dont l’écho est encore inscrit dans la structure de tout ce qui existe. La prochaine fois que vous regardez le ciel étoilé, souvenez-vous : vous regardez les ride d’un son vieux de 13,8 milliards d’années. L’univers entier est une salle de concert dont nous sommes, très tardivement, les premiers spectateurs.

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